Examen de l’état mental

Modification de l’apparence

Les cliniciens évaluent les aspects physiques tels que l’apparence d’un patient, notamment l’âge apparent, la taille, le poids et la manière de s’habiller et de se toiletter. Des vêtements colorés ou bizarres peuvent suggérer une manie, tandis que des vêtements mal entretenus et sales peuvent suggérer une schizophrénie ou une dépression. Si le patient semble beaucoup plus âgé que son âge chronologique, cela peut suggérer un manque chronique de soins personnels ou une mauvaise santé. Les vêtements et accessoires d’une sous-culture particulière, les modifications corporelles ou les vêtements non typiques du sexe du patient peuvent donner des indices sur sa personnalité. Les observations de l’apparence physique peuvent inclure les caractéristiques physiques de l’alcoolisme ou de la toxicomanie, telles que des signes de malnutrition, des taches de nicotine, une érosion dentaire, une éruption autour de la bouche due à l’abus de substances inhalées ou des traces d’aiguille dues à l’abus de drogues par voie intraveineuse. Les observations peuvent également inclure toute odeur qui pourrait suggérer une mauvaise hygiène personnelle due à une négligence extrême de soi, ou une intoxication alcoolique. La perte de poids pourrait également signifier un trouble dépressif, une maladie physique, une anorexie mentale ou une anxiété chronique.

AttitudeEdit

L’attitude, également connue sous le nom de rapport ou de coopération, fait référence à l’approche du patient au processus d’entretien et à la qualité des informations obtenues pendant l’évaluation.

ComportementEdit

Les anomalies du comportement, également appelées anomalies de l’activité, comprennent des observations de mouvements anormaux spécifiques, ainsi que des observations plus générales du niveau d’activité et d’éveil du patient, et des observations du contact visuel et de la démarche du patient. Les mouvements anormaux, par exemple les mouvements choréiformes, athétosiques ou choréo-athétosiques, peuvent indiquer un trouble neurologique. Un tremblement ou une dystonie peuvent indiquer un trouble neurologique ou les effets secondaires d’un médicament antipsychotique. Le patient peut avoir des tics (mouvements ou vocalisations involontaires mais quasi intentionnels) qui peuvent être un symptôme du syndrome de Gilles de la Tourette. Il existe une série d’anomalies du mouvement qui sont typiques de la catatonie, comme l’échopraxie, la catalepsie, la flexibilité cireuse et la paratonie (ou gegenhalten). Les stéréotypies (mouvements répétitifs sans but, tels que le balancement ou les coups de tête) ou les maniérismes (mouvements anormaux répétitifs quasi utiles, tels qu’un geste ou une démarche anormale) peuvent être une caractéristique de la schizophrénie chronique ou de l’autisme.

Des anomalies comportementales plus globales peuvent être notées, telles qu’une augmentation de l’excitation et des mouvements (décrite comme une agitation psychomotrice ou une hyperactivité) qui pourrait refléter une manie ou un délire. Une incapacité à rester assis sans bouger peut représenter une akathisie, un effet secondaire des médicaments antipsychotiques. De même, une diminution globale de l’éveil et du mouvement (décrite comme un retard psychomoteur, une akinésie ou une stupeur) peut indiquer une dépression ou un état pathologique tel que la maladie de Parkinson, une démence ou un délire. L’examinateur commente également les mouvements des yeux (un regard répété d’un côté peut suggérer que le patient a des hallucinations) et la qualité du contact visuel (qui peut donner des indices sur l’état émotionnel du patient). L’absence de contact visuel peut suggérer une dépression ou un autisme.

Humeur et affectModifier

La distinction entre l’humeur et l’affect dans l’ESM fait l’objet de quelques désaccords. Par exemple, Trzepacz et Baker (1993) décrivent l’affect comme « les manifestations externes et dynamiques de l’état émotionnel interne d’une personne » et l’humeur comme « l’état interne prédominant d’une personne à un moment donné », tandis que Sims (1995) fait référence à l’affect comme « des sentiments spécifiques différenciés » et à l’humeur comme « un état ou une disposition plus prolongée ». Cet article utilisera les définitions de Trzepacz et Baker (1993), l’humeur étant considérée comme un état subjectif actuel tel que décrit par le patient, et l’affect comme les déductions de l’examinateur sur la qualité de l’état émotionnel du patient sur la base d’une observation objective.

L’humeur est décrite en utilisant les propres mots du patient, et peut également être décrite en termes sommaires tels que neutre, euthymique, dysphorique, euphorique, en colère, anxieux ou apathique. Les personnes alexithymiques peuvent être incapables de décrire leur état d’humeur subjectif. Un individu incapable d’éprouver un quelconque plaisir peut souffrir d’anhédonie.

L’autoportrait de 1889 de Vincent van Gogh suggère l’humeur et l’affect de l’artiste dans la période précédant son suicide.

L’affect est décrit en étiquetant l’émotion apparente véhiculée par le comportement non verbal de la personne (anxieux, triste, etc.), et également en utilisant les paramètres d’adéquation, d’intensité, de portée, de réactivité et de mobilité. L’affect peut être décrit comme approprié ou inapproprié à la situation actuelle, et comme congruent ou incongruent avec le contenu de sa pensée. Par exemple, une personne qui montre un affect fade alors qu’elle décrit une expérience très pénible serait décrite comme montrant un affect incongru, ce qui pourrait suggérer une schizophrénie. L’intensité de l’affect peut être décrite comme normale, émoussée, exagérée, plate, exacerbée ou excessivement dramatique. Un affect plat ou émoussé est associé à la schizophrénie, à la dépression ou au syndrome de stress post-traumatique ; un affect exacerbé peut suggérer la manie, et un affect exagérément dramatique ou exagéré peut suggérer certains troubles de la personnalité. La mobilité fait référence à la mesure dans laquelle l’affect change au cours de l’entretien : l’affect peut être décrit comme fixe, mobile, immobile, restreint/limité ou labile. La personne peut montrer une gamme complète d’affects, en d’autres termes un large éventail d’expressions émotionnelles pendant l’évaluation, ou peut être décrite comme ayant un affect restreint. L’affect peut également être décrit comme réactif, c’est-à-dire changeant de façon souple et appropriée au gré de la conversation, ou comme non réactif. Un manque fade de préoccupation pour son handicap peut être décrit comme montrant la belle indifférence, une caractéristique du trouble de conversion, qui est historiquement appelé « hystérie » dans les textes plus anciens.

Discours

Le discours du patient est évalué en observant son discours spontané, et aussi en utilisant des tests structurés de fonctions langagières spécifiques.Cette rubrique concerne la production de la parole plutôt que le contenu de la parole, qui est abordé dans les rubriques processus de pensée et contenu de la pensée (voir ci-dessous).Lors de l’observation de la parole spontanée du patient, l’enquêteur notera et commentera les caractéristiques paralinguistiques telles que la sonorité, le rythme, la prosodie, l’intonation, la hauteur, la phonation, l’articulation, la quantité, le débit, la spontanéité et la latence de la parole. Une évaluation structurée de la parole comprend une évaluation du langage expressif en demandant au patient de nommer des objets, de répéter des phrases courtes ou de produire le plus grand nombre possible de mots d’une certaine catégorie dans un temps donné. Des tests simples du langage font partie du mini-examen de l’état mental. Dans la pratique, l’évaluation structurée du langage réceptif et expressif est souvent rapportée dans la rubrique Cognition (voir ci-dessous).

L’évaluation du langage permettra de reconnaître les affections médicales présentant une aphonie ou une dysarthrie, les affections neurologiques telles que l’accident vasculaire cérébral ou la démence présentant une aphasie, et les troubles spécifiques du langage tels que le bégaiement, le bégaiement ou le mutisme. Les personnes atteintes de troubles du spectre autistique peuvent présenter des anomalies dans les aspects paralinguistiques et pragmatiques de leur discours. L’écholalie (répétition des mots d’une autre personne) et la palilalie (répétition des propres mots du sujet) peuvent être entendues chez les patients atteints d’autisme, de schizophrénie ou de la maladie d’Alzheimer. Une personne atteinte de schizophrénie peut utiliser des néologismes, c’est-à-dire des mots inventés qui ont une signification spécifique pour la personne qui les utilise.L’évaluation de la parole contribue également à l’évaluation de l’humeur, par exemple les personnes maniaques ou anxieuses peuvent avoir une parole rapide, forte et pressée ; à l’inverse les patients déprimés auront généralement une latence de parole prolongée et parleront de manière lente, calme et hésitante.

Processus de penséeModification

Les peintures de l’artiste outsider Adolf Wölfli pourraient être considérées comme une représentation visuelle du trouble formel de la pensée.

Le processus de pensée dans l’ESM fait référence à la quantité, au tempo (taux de débit) et à la forme (ou cohérence logique) de la pensée. Le processus de pensée ne peut pas être observé directement mais peut seulement être décrit par le patient, ou déduit du discours du patient. La forme de la pensée est saisie dans cette catégorie. Il faut décrire la pensée de la manière suivante : pensée dirigée A→B(normale) vs troubles formels de la pensée. Un schéma d’interruption ou de désorganisation des processus de pensée est désigné de manière générale comme un trouble formel de la pensée, et pourrait être décrit plus spécifiquement comme un blocage de la pensée, une fusion, un relâchement des associations, une pensée tangentielle, un déraillement de la pensée, ou une pensée en mouvement du chevalier. La pensée peut être décrite comme circonstancielle lorsque le patient inclut une grande quantité de détails non pertinents et fait de fréquentes diversions, mais reste concentré sur le sujet général. En ce qui concerne le rythme de la pensée, certaines personnes peuvent présenter une fuite des idées (un symptôme maniaque), lorsque leurs pensées sont si rapides que leur discours semble incohérent, bien que dans la fuite des idées, un observateur attentif puisse discerner une chaîne d’associations poétiques, syllabiques et rimées dans le discours du patient. (Par exemple, j’aime manger des pêches, des plages, des châteaux de sable tombent dans les vagues, les braves vont en finale, fee fi fo fum. Œuf d’or). On peut aussi décrire un individu comme ayant une pensée retardée ou inhibée, dans laquelle les pensées semblent progresser lentement avec peu d’associations. La pauvreté de la pensée est une réduction globale de la quantité de pensées et l’un des symptômes négatifs de la schizophrénie. Elle peut également être une caractéristique de la dépression grave ou de la démence. Un patient atteint de démence peut également souffrir de persévération de la pensée. La persévération de la pensée désigne un schéma dans lequel une personne revient sans cesse au même ensemble limité d’idées. La pensée circonstancielle pourrait être observée dans les troubles de l’anxiété ou certains types de troubles de la personnalité.

Contenu de la penséeModification

Une description du contenu de la pensée serait la plus grande section du rapport de l’EMS. Elle décrirait les pensées suicidaires, la cognition dépressive, les délires, les idées surévaluées, les obsessions, les phobies et les préoccupations d’un patient. Il faut séparer le contenu des pensées en pensées pathologiques et pensées non pathologiques. Il est important de spécifier les pensées suicidaires comme étant soit intrusives, non désirées, et ne pouvant se traduire par la capacité d’agir sur ces pensées (mens rea), versus les pensées suicidaires pouvant conduire à l’acte de suicide (actus reus).

Les anomalies du contenu des pensées sont établies en explorant les pensées des individus dans le cadre d’une conversation ouverte en ce qui concerne leur intensité, leur saillance, les émotions associées aux pensées, la mesure dans laquelle les pensées sont vécues comme étant les siennes et sous leur contrôle, et le degré de croyance ou de conviction associé aux pensées.

Délire

Un délire a trois qualités essentielles : il peut être défini comme  » une idée ou une croyance fausse, inébranlable (1) qui ne correspond pas au contexte éducatif, culturel et social du patient (2)… entretenue avec une conviction extraordinaire et une certitude subjective (3) « , et constitue une caractéristique essentielle des troubles psychotiques. Par exemple, une alliance avec un parti politique particulier, ou une équipe sportive ne serait pas considérée comme un délire dans certaines sociétés.

Les délires du patient peuvent être décrits dans le cadre du mnémonique SEGUE PM comme des délires somatiques, érotomaniaques, grandioses, non spécifiés, envieux (c.f. jalousie délirante), persécutifs ou paranoïaques, ou multifactoriels. Il existe plusieurs autres formes de délires, celles-ci comprennent des descriptions telles que : les délires de référence, ou les erreurs d’identification délirantes, ou les souvenirs délirants (par exemple, j’étais une chèvre l’année dernière) entre autres.

Les délires doivent être signalés comme primaires (ne provenant d’aucune source particulière), secondaires (provenant d’un autre délire ou d’hallucinations), tertiaires (provenant d’un délire secondaire) ou d’un système délirant (un réseau de délires associés).

Les symptômes délirants peuvent être signalés sur un continuum allant de : symptômes complets (sans aucune perspicacité), symptômes partiels (où ils peuvent commencer à remettre en question ces délires), symptômes nuls (où les symptômes sont résolus), ou après un traitement complet il y a encore des symptômes délirants ou des idées qui pourraient se développer en délires vous pouvez caractériser cela comme des symptômes résiduels.

Les délires peuvent suggérer plusieurs maladies telles que la schizophrénie, le trouble schizophréniforme, un bref épisode psychotique, la manie, la dépression avec des caractéristiques psychotiques ou les troubles délirants. On peut différencier les troubles délirants de la schizophrénie, par exemple, par l’âge d’apparition des troubles délirants, qui est plus élevé, avec une personnalité plus complète et non affectée, où l’illusion peut n’avoir qu’un impact partiel sur la vie et être relativement isolée du reste de la personnalité. Par exemple, ils croient qu’une araignée vit dans leurs cheveux, mais cette croyance n’affecte pas leur travail, leurs relations ou leur éducation. Alors que la schizophrénie apparaît généralement plus tôt dans la vie avec une désintégration de la personnalité et une incapacité à faire face au travail, aux relations ou à l’éducation.

D’autres caractéristiques différencient également les maladies avec délires. Les délires peuvent être décrits comme congruents à l’humeur (le contenu délirant est en accord avec l’humeur), typiques des psychoses maniaques ou dépressives, ou incompatibles avec l’humeur (le contenu délirant n’est pas en accord avec l’humeur) qui sont plus typiques de la schizophrénie. Les délires de contrôle, ou expériences de passivité (dans lesquels l’individu a l’impression que son esprit ou son corps est sous l’influence ou le contrôle d’une force ou d’un organisme extérieur), sont typiques de la schizophrénie. Il s’agit par exemple d’expériences de retrait de pensées, d’insertion de pensées, de diffusion de pensées et de passivité somatique. Les symptômes de Schneider de premier rang sont un ensemble d’idées délirantes et d’hallucinations dont on a dit qu’elles étaient très suggestives d’un diagnostic de schizophrénie. Les délires de culpabilité, les délires de pauvreté et les délires nihilistes (croyance que l’on n’a pas d’esprit ou que l’on est déjà mort) sont typiques des psychoses dépressives.

Modification des idées surévaluées

Une idée surévaluée est une croyance chargée d’émotion qui peut être maintenue avec suffisamment de conviction pour rendre le croyant émotionnellement chargé ou agressif, mais qui ne possède pas les trois caractéristiques du délire – le plus important étant l’incongruité avec les normes culturelles. Par conséquent, toute croyance forte, fixe, fausse, mais culturellement normative peut être considérée comme une « idée surévaluée ». L’hypocondrie est une idée surévaluée selon laquelle on souffre d’une maladie, la dysmorphophobie selon laquelle une partie de son corps est anormale, et l’anorexie mentale selon laquelle on est en surpoids ou gros.

ObsessionsModification

Une obsession est une  » pensée indésirable, désagréable et intrusive qui ne peut être supprimée par la volonté du patient « , mais contrairement aux expériences de passivité décrites ci-dessus, elles ne sont pas vécues comme imposées de l’extérieur de l’esprit du patient. Les obsessions sont généralement des pensées intrusives de violence, de blessure, de saleté ou de sexe, ou des ruminations obsessionnelles sur des thèmes intellectuels. Une personne peut également décrire un doute obsessionnel, avec des inquiétudes intrusives quant à savoir si elle a pris la mauvaise décision ou si elle a oublié de faire quelque chose, par exemple fermer le gaz ou verrouiller la maison. Dans le cas des troubles obsessionnels compulsifs, la personne éprouve des obsessions avec ou sans compulsions (sentiment de devoir effectuer certaines actions ritualisées et insensées contre son gré).

PhobiesModifier

Une phobie est « une crainte d’un objet ou d’une situation qui ne présente en réalité aucune menace », et se distingue d’un délire dans la mesure où le patient est conscient que sa peur est irrationnelle. Une phobie est généralement très spécifique à certaines situations et sera généralement rapportée par le patient plutôt que d’être observée par le clinicien lors de l’entretien d’évaluation.

PréoccupationsModifier

Les préoccupations sont des pensées qui ne sont pas fixes, fausses ou intrusives, mais qui ont une proéminence indue dans l’esprit de la personne. Les préoccupations cliniquement significatives incluraient les pensées suicidaires, les pensées homicides, les croyances suspectes ou craintives associées à certains troubles de la personnalité, les croyances dépressives (par exemple que l’on n’est pas aimé ou que l’on est un échec), ou les distorsions cognitives de l’anxiété et de la dépression.

Pensées suicidairesEdit

L’EMS contribue à l’évaluation du risque clinique en incluant une exploration approfondie de tout contenu de pensée suicidaire ou hostile. L’évaluation du risque de suicide comprend un questionnement détaillé sur la nature des pensées suicidaires de la personne, sa croyance en la mort, ses raisons de vivre, et si la personne a fait des plans spécifiques pour mettre fin à sa vie. Les questions les plus importantes à poser sont les suivantes : Avez-vous des sentiments suicidaires en ce moment ; avez-vous déjà fait une tentative de suicide (fortement corrélé avec de futures tentatives de suicide) ; avez-vous des plans pour vous suicider dans le futur ; et, avez-vous des échéances où vous pourriez vous suicider (ex. calcul numérologique, croyance apocalyptique, fête des mères, anniversaire, Noël)

PerceptionsEdit

Une perception dans ce contexte est toute expérience sensorielle, et les trois grands types de perturbations perceptives sont les hallucinations, les pseudo-hallucinations et les illusions. Une hallucination est définie comme une perception sensorielle en l’absence de tout stimulus externe, et est vécue dans un espace externe ou objectif (c’est-à-dire vécue par le sujet comme réelle). Une illusion est définie comme une fausse perception sensorielle en présence d’un stimulus externe, en d’autres termes une déformation d’une expérience sensorielle, et peut être reconnue comme telle par le sujet. Une pseudo-hallucination est vécue dans l’espace interne ou subjectif (par exemple comme « des voix dans ma tête ») et est considérée comme s’apparentant à un fantasme.D’autres anomalies sensorielles incluent une distorsion de la notion de temps du patient, par exemple le déjà vu, ou une distorsion du sentiment de soi (dépersonnalisation) ou du sentiment de réalité (déréalisation).

Les hallucinations peuvent se produire dans chacun des cinq sens, bien que les hallucinations auditives et visuelles soient rencontrées plus fréquemment que les hallucinations tactiles (toucher), olfactives (odeur) ou gustatives (goût).Les hallucinations auditives sont typiques des psychoses : les hallucinations à la troisième personne (c’est-à-dire les voix qui parlent du patient) et le fait d’entendre ses pensées à haute voix (gedankenlautwerden ou écho de la pensée) font partie des symptômes de Schneider de premier rang indiquant la schizophrénie, tandis que les hallucinations à la deuxième personne (les voix qui parlent au patient) le menaçant, l’insultant ou lui disant de se suicider, peuvent être une caractéristique de la dépression psychotique ou de la schizophrénie. Les hallucinations visuelles sont généralement évocatrices d’affections organiques telles que l’épilepsie, l’intoxication ou le sevrage médicamenteux. De nombreux effets visuels des drogues hallucinogènes sont plus justement décrits comme des illusions visuelles ou des pseudo-hallucinations visuelles, car il s’agit de distorsions des expériences sensorielles, qui ne sont pas vécues comme existant dans la réalité objective. Les pseudo-hallucinations auditives sont évocatrices de troubles dissociatifs. Le déjà vu, la déréalisation et la dépersonnalisation sont associés à l’épilepsie du lobe temporal et aux troubles dissociatifs.

CognitionEdit

Plus d’informations : Test cognitif

Cette section de l’EMS porte sur le niveau de vigilance, d’orientation, d’attention, de mémoire, de fonctionnement visuospatial, de fonctions langagières et de fonctions exécutives du patient. La vigilance est une observation globale du niveau de conscience, c’est-à-dire de la conscience et de la réactivité à l’environnement, qui peut être décrite comme alerte, trouble, somnolente ou stuporeuse. L’orientation est évaluée en demandant au patient où il se trouve (par exemple quel bâtiment, quelle ville et quel état) et quelle heure il est (heure, jour, date).

L’attention et la concentration sont évaluées par plusieurs tests, communément le test des sept en série qui consiste à soustraire 7 de 100 et à soustraire 5 fois 7 de la différence. Autre possibilité : épeler un mot de cinq lettres à l’envers, dire les mois ou les jours de la semaine dans l’ordre inverse, le test des trois en série (soustraire trois de vingt cinq fois), et en testant l’empan numérique. La mémoire est évaluée en termes d’enregistrement immédiat (répétition d’une série de mots), de mémoire à court terme (rappel de la série de mots après un intervalle, ou rappel d’un court paragraphe), et de mémoire à long terme (rappel de faits historiques ou géographiques bien connus). Le fonctionnement visuospatial peut être évalué par la capacité à copier un schéma, à dessiner le cadran d’une horloge ou à dessiner un plan du cabinet de consultation. Le langage est évalué par la capacité à nommer des objets, à répéter des phrases et par l’observation du discours spontané de la personne et de ses réponses aux instructions. Les fonctions exécutives peuvent être évaluées en posant les questions de « similitudes » (« qu’est-ce que x et y ont en commun ? ») et au moyen d’une tâche de fluidité verbale (par exemple, « énumérez autant de mots que vous pouvez commençant par la lettre F, en une minute »). Le mini-examen de l’état mental est une évaluation cognitive structurée simple qui est largement utilisée comme composante de l’EMS.

Une légère altération de l’attention et de la concentration peut se produire dans toute maladie mentale où les personnes sont anxieuses et distraites (y compris les états psychotiques), mais des anomalies cognitives plus étendues sont susceptibles d’indiquer une perturbation grossière du fonctionnement du cerveau comme le délire, la démence ou l’intoxication. Des anomalies spécifiques du langage peuvent être associées à une pathologie de l’aire de Wernicke ou de l’aire de Broca du cerveau. Dans le syndrome de Korsakoff, on observe des troubles spectaculaires de la mémoire avec une préservation relative des autres fonctions cognitives. Les anomalies visuospatiales ou de construction peuvent être associées à une pathologie du lobe pariétal, et les anomalies des tests de fonctionnement exécutif peuvent indiquer une pathologie du lobe frontal. Ce type de test cognitif bref est considéré comme un processus de dépistage uniquement, et toute anomalie est évaluée plus soigneusement à l’aide de tests neuropsychologiques formels.

L’EMS peut inclure un bref examen neuropsychiatrique dans certaines situations. Une pathologie du lobe frontal est suggérée si la personne ne peut pas exécuter de façon répétitive une séquence motrice (par exemple « papier-ciseaux-roche »).Les colonnes postérieures sont évaluées par la capacité de la personne à ressentir les vibrations d’un diapason sur les poignets et les chevilles.Le lobe pariétal peut être évalué par la capacité de la personne à identifier des objets par le toucher seul et les yeux fermés.Un trouble cérébelleux peut être présent si la personne ne peut pas se tenir debout les bras étendus, les pieds se touchant et les yeux fermés sans osciller (signe de Romberg) ; si elle présente un tremblement lorsqu’elle tend la main vers un objet ; ou si elle est incapable de toucher un point fixe, de fermer les yeux et de toucher à nouveau le même point.Une pathologie dans les ganglions de la base peut être indiquée par une rigidité et une résistance aux mouvements des membres, et par la présence de mouvements involontaires caractéristiques.Une lésion dans la fosse postérieure peut être détectée en demandant au patient de rouler ses yeux vers le haut (syndrome de Parinaud).De tels signes neurologiques focaux pourraient refléter les effets de certains médicaments psychiatriques prescrits, d’une consommation chronique de drogues ou d’alcool, de traumatismes crâniens, de tumeurs ou d’autres troubles cérébraux.

InsightEdit

La compréhension de la personne de sa maladie mentale est évaluée en explorant son récit explicatif du problème, et sa compréhension des options de traitement. Dans ce contexte, on peut dire que l’insight a trois composantes : la reconnaissance du fait que l’on souffre d’une maladie mentale, la conformité au traitement, et la capacité à ré-étiqueter les événements mentaux inhabituels (tels que les délires et les hallucinations) comme pathologiques. L’insight se situant sur un continuum, le clinicien ne doit pas le décrire comme simplement présent ou absent, mais doit rapporter le récit explicatif du patient de manière descriptive.

L’altération de l’insight est caractéristique de la psychose et de la démence, et constitue un élément important à prendre en compte dans la planification du traitement et dans l’évaluation de la capacité à consentir au traitement.

JugementEdit

Le jugement fait référence à la capacité du patient à prendre des décisions solides, raisonnées et responsables. Il faut cadrer le jugement aux fonctions ou domaines qui sont normaux vs altérés. (Par exemple, un mauvais jugement est isolé au petit vol, capable de fonctionner dans les relations, le travail, les études).

Traditionnellement, l’EMS incluait l’utilisation de questions hypothétiques standard telles que  » que feriez-vous si vous trouviez une enveloppe adressée et timbrée gisant dans la rue ?  » ; cependant, la pratique contemporaine consiste à s’enquérir de la manière dont le patient a répondu ou répondrait aux défis et aux contingences de la vie réelle. L’évaluation tiendrait compte de la capacité du système exécutif de la personne en termes d’impulsivité, de cognition sociale, de conscience de soi et de capacité de planification.

L’altération du jugement n’est spécifique à aucun diagnostic mais peut être une caractéristique proéminente des troubles affectant le lobe frontal du cerveau. Si le jugement d’une personne est altéré en raison d’une maladie mentale, il pourrait y avoir des implications pour la sécurité de la personne ou la sécurité des autres.

Les troubles du jugement ne sont pas spécifiques à un diagnostic mais peuvent être une caractéristique importante des troubles affectant le lobe frontal du cerveau.

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